<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet type='text/xsl' href='http://clochelune.spaces.live.com/mmm2008-05-17_13.22/rsspretty.aspx?rssquery=en-US;http%3a%2f%2fclochelune.spaces.live.com%2fcategory%2ftraductions%2ffeed.rss' version='1.0'?><rss version="2.0" xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/" xmlns:msn="http://schemas.microsoft.com/msn/spaces/2005/rss" xmlns:live="http://schemas.microsoft.com/live/spaces/2006/rss" xmlns:dcterms="http://purl.org/dc/terms/" xmlns:cf="http://www.microsoft.com/schemas/rss/core/2005" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>les reflets de  clochelune: traductions</title><description /><link>http://clochelune.spaces.live.com/?_c11_BlogPart_BlogPart=blogview&amp;_c=BlogPart&amp;partqs=cattraductions</link><language>en-US</language><pubDate>Fri, 03 Aug 2007 15:33:51 GMT</pubDate><lastBuildDate>Fri, 03 Aug 2007 15:33:51 GMT</lastBuildDate><generator>Microsoft Spaces v1.1</generator><docs>http://www.rssboard.org/rss-specification</docs><ttl>60</ttl><cf:parentRSS>http://clochelune.spaces.live.com/blog/feed.rss</cf:parentRSS><live:type>blogcategory</live:type><live:identity><live:id>-658783209361290491</live:id><live:alias>clochelune</live:alias></live:identity><cf:listinfo><cf:group ns="http://schemas.microsoft.com/live/spaces/2006/rss" element="typelabel" label="Type" /><cf:group ns="http://schemas.microsoft.com/live/spaces/2006/rss" element="tag" label="Tag" /><cf:group element="category" label="Category" /><cf:sort element="pubDate" label="Date" data-type="date" default="true" /><cf:sort element="title" label="Title" data-type="string" /><cf:sort ns="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/" element="comments" label="Comments" data-type="number" /></cf:listinfo><item><title>Pablo Neruda - Poème 6</title><link>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!490.entry</link><description>Poème 6&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Je me souviens de toi telle que tu étais en ce dernier automne.&lt;br&gt;
Tu étais béret gris avec le coeur paisible.&lt;br&gt;
Dans tes yeux combattaient les feux du crépuscule.&lt;br&gt;
Et les feuilles tombaient dans les eaux de ton âme.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Enroulée à mes bras comme un volubilis,&lt;br&gt;
Les feuilles recueillaient ta voix lente et paisible.&lt;br&gt;
Un foyer de stupeur là où ma soif flambait.&lt;br&gt;
Douce jacinthe bleue incurvée sur mon âme.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Je sens vaguer tes yeux et distant est l'automne :&lt;br&gt;
béret gris, voix d'oiseau, coeur d'un lieu familier&lt;br&gt;
et vers là émigraient mes souhaits les plus intimes&lt;br&gt;
et tombaient mes baisers joyeux comme des braises.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Ciel depuis un bateau. Champs depuis les collines.&lt;br&gt;
Ton souvenir est clair, fumée, étang paisible !&lt;br&gt;
Au-delà de tes yeux flambaient les crépuscules.&lt;br&gt;
Les feuilles de l'automne tournoyaient dans ton âme.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
Pablo Neruda&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
traduction liette la clochelune&lt;br&gt;
(inspirée d'après le recueil bilingue &lt;span style="font-style:italic"&gt;20 poèmes d'amour et une chanson désepérée &lt;/span&gt;chez
poésie/gallimard et une traduction sur le jardin des muses, site de
pier de lune dont voici le lien pour lire également le poème dans sa
version espagnole http://www.pierdelune.com/nerdua18.htm )&lt;br&gt;&lt;img src="http://c.services.spaces.live.com/CollectionWebService/c.gif?cid=-658783209361290491&amp;page=RSS%3a+Pablo+Neruda+-+Po%c3%a8me+6&amp;referrer=" width="1px" height="1px" border="0" alt=""&gt;&lt;img style="position:absolute" alt="" width="0px" height="0px" src="http://c.live.com/c.gif?NC=31263&amp;amp;NA=1149&amp;amp;PI=73329&amp;amp;RF=&amp;amp;DI=3919&amp;amp;PS=85545&amp;amp;TP=clochelune.spaces.live.com&amp;amp;GT1=clochelune"&gt;</description><comments>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!490.entry#comment</comments><guid isPermaLink="true">http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!490.entry</guid><pubDate>Thu, 06 Oct 2005 14:25:32 GMT</pubDate><slash:comments>0</slash:comments><msn:type>blogentry</msn:type><live:type>blogentry</live:type><live:typelabel>Blog entry</live:typelabel><wfw:commentRss>http://clochelune.spaces.live.com/blog/cns!F6DB882956074B05!490/comments/feed.rss</wfw:commentRss><wfw:comment>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!490.entry#comment</wfw:comment><dcterms:modified>2005-10-07T13:13:43Z</dcterms:modified></item><item><title>les Mille et Une Nuits (suite des notes)</title><link>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!442.entry</link><description>&lt;font size=4&gt;&lt;tt&gt;j'ai repris ma vieille version (quatre tomes en pcohe chez presses
pocket offerts pour mes quinze ans par mon père) et je m'aperçois que
les poèmes y sont également ! et que Schéhérazade (nommée en quatrième
de couverture) est appelée dans le texte Chahrazade&lt;br&gt;
et l'édition s'appuie sur la même version originale que celle de la pléiade. &lt;/tt&gt;&lt;tt&gt;Schéhérazade, dans l'édition de la pléiade s'appelle &lt;br&gt;Shahrâzâd 
(ça se rapproche mais j'aurais préféré l'orthographe francisé. le
traducteur de la pléiade avait précisé pour les chapeaux aux a etc
comment les lire, mais je ne vois toujours pas son parti pris (si pour
bien montrer l'ancrage oriental mais ça me semble un peu trop exotique
!)&lt;/tt&gt;&lt;br&gt;
&lt;/font&gt;
&lt;tt&gt;&lt;font size=4&gt;le version parue chez presses pocket (qui s'appuie sur les mêmes
originaux que la pléiade) ne met pas aladin etc qui ne se trouvait pas
dans la version orginale mais a été rajouté dans celle de Galland (il
est dit dans la préface de presses pocket que l'origine d'aladin,
d'alibaba est sûrement turque...)&lt;br&gt;

donc je vais revoir tout ça de près (je n'avais pas relu le livre&lt;br&gt;

depuis quinze ans !)&lt;br&gt;

ils précisent que &amp;quot;mille et une&amp;quot; en arabe veut dire &amp;quot;beaucoup&amp;quot; de&lt;br&gt;

nombreuses nuits car certains ont voulu mettre mille et un chapitre&lt;br&gt;

la pléiade a coupé de nuits en nuits mais par exemple &amp;quot;de la première à
la cinquième nuit&amp;quot; sans mettre mille et un chapitres donc...&lt;br&gt;

dans presses pocket les chapitres ont un nom bien précisé et les&lt;br&gt;

histoires ne sont pas coupées nuits après nuits&lt;br&gt;
&lt;br&gt;

ce que j'apprécie dans la version de la pléiade est ce rappelle des
nuits, ce rythme qui nous fait nous souvenir le sort qui attend
schéhérazade (qui est une toute jeune fille, d'environ treize ans je
crois) si elle ne tient pas le roi en haleine&lt;br&gt;

je trouve que de marquer ces nuits (pas en chapitres mais dans les&lt;br&gt;

récits, un récit ne s'achèvera que le lendemain, mais dans le chapitre
comme plusieurs nuits sont comprises on passe à une autre histoire&lt;br&gt;
&lt;br&gt;

encore quelques précisions puisque je me mets à comparer les deux... d'autres viendront ;-) &lt;br&gt;
&lt;br&gt;
pour
la petite histoire, j'ai lu l'édition de mes quinze ans  en
voiture, en allant ou en revenant d'un voyage en autriche avec mes
parents (mon nom de famille est autrichien, on a vu un village portant
notre nom, sans le h final il me semble, au liechtenstein... mais tout
ça se sont de lointains ancêtres puisque ma grand-mère paternelle était
anglaise (mais a vécu son enfance en suisse à cause de la 1ère guerre
mondiale) et ma mère espagnole !)&lt;/font&gt;

&lt;br&gt;&lt;br&gt;
&lt;/tt&gt;&lt;img src="http://c.services.spaces.live.com/CollectionWebService/c.gif?cid=-658783209361290491&amp;page=RSS%3a+les+Mille+et+Une+Nuits+(suite+des+notes)&amp;referrer=" width="1px" height="1px" border="0" alt=""&gt;&lt;img style="position:absolute" alt="" width="0px" height="0px" src="http://c.live.com/c.gif?NC=31263&amp;amp;NA=1149&amp;amp;PI=73329&amp;amp;RF=&amp;amp;DI=3919&amp;amp;PS=85545&amp;amp;TP=clochelune.spaces.live.com&amp;amp;GT1=clochelune"&gt;</description><comments>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!442.entry#comment</comments><guid isPermaLink="true">http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!442.entry</guid><pubDate>Fri, 08 Jul 2005 19:10:15 GMT</pubDate><slash:comments>0</slash:comments><msn:type>blogentry</msn:type><live:type>blogentry</live:type><live:typelabel>Blog entry</live:typelabel><wfw:commentRss>http://clochelune.spaces.live.com/blog/cns!F6DB882956074B05!442/comments/feed.rss</wfw:commentRss><wfw:comment>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!442.entry#comment</wfw:comment><dcterms:modified>2005-07-08T19:12:21Z</dcterms:modified></item><item><title>note sur "Les Mille et Une Nuits"</title><link>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!440.entry</link><description>&lt;div&gt;note à propos de l'édition de la pléiade &lt;span style="font-style:italic"&gt;Les Mille et Une Nuits&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;

&lt;p&gt; 

&lt;p&gt;je me suis procuré la nouvelle version des &lt;span style="font-style:italic"&gt;Mille et une nuits&lt;/span&gt; parue dans la bibliothèque de la pléiade (cadeau 
d'anniversaire de ma soeur) et je voudrais faire part de quelques unes de mes 
surprises ou déceptions.

&lt;p&gt;j'ai d'abord été étonnée et déçue de ne trouver aucune illustration quand ils 
nous montraient plein de belles gravures et illustrations anciennes parues dans 
l'album de la pléiade (offert mais pour trois pléiades achetées ! ce que de 
nombreuses bourses ne peuvent se permettre ! la mienne en tous cas !) alors que 
j'aile souvenir dans les tomes sur jacques prévert, les contes d'andersen ou 
encore lewis carroll d'un bel effort de ce côté là... bien sûr, le premier tome 
des &lt;span style="font-style:italic"&gt;Mille et Une Nuits&lt;/span&gt; sort au moment de la quinzaine de la pléiade, ils font 
ces deux albums conjointements mais dans tous les articles parus, les 
illustrations se trouvaient pour parler du premier tome. illustrations venant 
 de l'album de la pléiade donc. ce que j'avais compris mais je trouve que c'est 
un peu une fausse publicité... enfin ! 

&lt;p&gt;ensuite, je ne comprends pas pourquoi le traducteur a choisi de ne pas 
choisir la version francisée pour Schéhérazade, nom que tout le monde connaît, 
le nom perd donc un peu de son pouvoir évocateur en restant proche de l'original 
arabe... Les &lt;span style="font-style:italic"&gt;Mille et Une Nuits&lt;/span&gt; faisant partie d'un souvenir chez 
chacun-chacune, pourquoi avoir fait ce choix dans ce prénom qu'on avait tous en 
mémoire... Pour montrer les différences, pour aller vers un côté plus oriental 
et bien montrer l'ancrage oriental des &lt;span style="font-style:italic"&gt;Mille et une nuits&lt;/span&gt; ? Je ne sais, mais 
j'ai été un peu déçue de ne plus trouver ce point de repère...

&lt;p&gt;je voudrais en venir à une des nouveautés de cette traduction, l'ajout des 
poèmes qui avaient été supprimés des autres éditions (et se trouvaient pourtant 
dans les originaux). c'est cet ajout qui m'avait incité à vouloir cette 
édition... au départ je les ai lu conscienceusement mais je trouvais que le 
rythme manquait (le traducteur a parlé de la difficulté à les traduire, à 
choisir un rythme, une version proche de la prosodie française), ça me semble 
assez plat et surtout, je trouve qu'au lieu de rajouter du charme au récit il le 
coupe, ce qui fait qu'au fond, au bout de quelques nuits passées en leur 
compagnie, je ne les lisais plus pour poursuivre le fil des contes... pour 
introduire ces poèmes il y a des redites du genre &amp;quot;comme le merveilleux poète le 
disait&amp;quot; etc qui je trouve coupent un peu l'effet, veut rendre le tout trop 
précieux... je me pencherai davantage sur ces poèmes dans une relecture pour 
voir si vraiment ils valent d'y être ou non (car je comprends qu'ils font un peu 
le sel du livre, et je sais que la poésie est importante, mêlée aux contes.. que 
ça prouve une érudition etc. mais ça me semble un peu trop précieux, les récits 
perdent un peu de leur fraicheur)

&lt;p&gt; 

&lt;p&gt;en revanche, j'ai été ravie par l'ajout de l'histoire du portefaix et des 
trois jeunes femmes avec toute cette imagination pour les noms donnés aux sexes 
masculins et féminins... j'avais lu les &lt;span style="font-style:italic"&gt;Mille et une nuits &lt;/span&gt;vers mes quinze ans 
la première fois, dans la collection pocket je crois, en poche, et j'avais été 
assez surprise et ravie par la sensualité qui se dégageait des ces histoires, 
mais il me semble que dans cette version elle est davantage présente, il y a des 
termes très crus, et on comprend assez la condition des femmes de l'époque... il 
me semble qu'avant ça restait plus édulcoré, plus dans un rêve, et là ça devient 
assez vif, charnel, tout en gardant le rêve, l'imaginaire... 

&lt;p&gt;la traduction a été réussie dans sa vivacité, les enchassements sont vraiment 
bien retracés, on passe d'une nuit à l'autre avec délectation (même s'il y a de 
nombreuses répétitions dans les histoires, mais l'on voit quelles étaient les 
imaginations, les conditions de l'époque en même temps), j'aime beaucoup les 
phrases refrains, les phrases rituelles qui servent de rites d'entrée et de 
sortie, qui rythment les nuits et le temps...

&lt;p&gt;plus tard je reprendrai la version de mes quinze ans pour y comparer des 
extraits de traduction

&lt;p&gt;j'aimerais aussi regarder les tomes parus chez actes sud il y a quelques 
années (dans la collection babel il me semble)

&lt;p&gt;les poèmes n'étaient pas présent je crois mais il me semble qu'actes sud et 
la pléiade sont partis des mêmes originaux

&lt;p&gt;actes sud n'a pas mis les contes sur aladin et ali baba en précisant qu'ils 
ne se trouvaient pas dans la première version, ont été rajoutés par la suite. 
bien qu'ils fassent partie de l'héritage, de la mémoire des lecteurs qui les 
associent au &lt;span style="font-style:italic"&gt;Mille et une nuits&lt;/span&gt;...

&lt;p&gt;la pléiade l'explique mais a rajouté ces contes (dans le troisième tome me 
semble-t-il qui est à paraître ainsi que le second)

&lt;p&gt; quoiqu'il en soit, je lirai les tomes suivants de la pléiade, et sans 
doute les tomes parus chez actes sud (en poche)...

&lt;p&gt;si vous avez des remarques... c'était juste un rajout que je voulais faire 
suite à l'article de&lt;span style="font-weight:bold"&gt; Libération&lt;/span&gt; qui m'avait grandement intéressée&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
 

&lt;p&gt;Liette la clochelune&lt;img src="http://c.services.spaces.live.com/CollectionWebService/c.gif?cid=-658783209361290491&amp;page=RSS%3a+note+sur+%22Les+Mille+et+Une+Nuits%22&amp;referrer=" width="1px" height="1px" border="0" alt=""&gt;&lt;img style="position:absolute" alt="" width="0px" height="0px" src="http://c.live.com/c.gif?NC=31263&amp;amp;NA=1149&amp;amp;PI=73329&amp;amp;RF=&amp;amp;DI=3919&amp;amp;PS=85545&amp;amp;TP=clochelune.spaces.live.com&amp;amp;GT1=clochelune"&gt;</description><comments>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!440.entry#comment</comments><guid isPermaLink="true">http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!440.entry</guid><pubDate>Thu, 07 Jul 2005 13:42:50 GMT</pubDate><slash:comments>0</slash:comments><msn:type>blogentry</msn:type><live:type>blogentry</live:type><live:typelabel>Blog entry</live:typelabel><wfw:commentRss>http://clochelune.spaces.live.com/blog/cns!F6DB882956074B05!440/comments/feed.rss</wfw:commentRss><wfw:comment>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!440.entry#comment</wfw:comment><dcterms:modified>2005-07-08T18:58:16Z</dcterms:modified></item><item><title>"Il était mille et une fois..." : "Les Mille et une Nuits"</title><link>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!439.entry</link><description>article paru dans le journal &lt;span style="font-weight:bold"&gt;Libération&lt;/span&gt; à la rubrique &amp;quot;Livres&amp;quot;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;
&lt;table border=0 cellpadding=0 cellspacing=0 width=660&gt;
&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt;&lt;td rowspan=6 valign=top width=17&gt;&lt;img src="http://www.liberation.fr/img/puc/pix.gif" alt=pix height=17 width=17&gt;
				&lt;td valign=top&gt;&lt;img src="http://www.liberation.fr/img/puc/pix.gif" alt=pix height=11 width=11&gt;
			  
			  &lt;tr&gt; 
				&lt;td valign=top&gt;&lt;table border=0 cellpadding=0 cellspacing=0 width=643&gt;
					&lt;tbody&gt;&lt;tr&gt; 
					  &lt;td align=left valign=top width=496&gt;
					  	&lt;table border=0 cellpadding=0 cellspacing=0 width=496&gt;
						  &lt;tbody&gt;&lt;tr&gt; 
							&lt;td colspan=4 height=23&gt;&lt;a href="http://www.liberation.fr/page.php?Rubrique=LIVRES"&gt;&lt;img src="http://www.liberation.fr/img/tet/seq_livres.gif" alt=tetierelivres border=0 height=23 width=496&gt;&lt;/a&gt;
						  
						  &lt;tr valign=top&gt; 
							&lt;td width=17&gt; 
							&lt;td colspan=3 height=17&gt;
							 &lt;table border=0 cellpadding=0 cellspacing=0 width="100%"&gt;
								&lt;tbody&gt;&lt;tr valign=top&gt; 
								  &lt;td colspan=3 width="100%"&gt; 
								  	  &lt;p&gt;&lt;span&gt;&lt;img src="http://www.liberation.fr/img/puc/pix.gif" alt=pix height=17 width=17&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;
									  &lt;span&gt;«Il était mille et une fois...»&lt;/span&gt;&lt;br&gt;
									  &lt;img src="http://www.liberation.fr/img/puc/pix.gif" alt=pix height=10 width=10&gt;&lt;br&gt;
									  &lt;span&gt;Venues d'Inde et de Perse, «les Mille et Une Nuits» sont devenues le texte premier de la littérature arabe. Nouvelle traduction.&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/span&gt;&lt;span&gt;Par Natalie LEVISALLES&lt;/span&gt;&lt;br&gt;
									  &lt;span&gt;&lt;/span&gt;
									  &lt;img src="http://www.liberation.fr/img/puc/pix.gif" alt=pix height=7 width=7&gt;&lt;br&gt;
									  &lt;span&gt;jeudi 23 juin 2005 (Liberation - 06:00)&lt;/span&gt;&lt;br&gt;
									  &lt;img src="http://www.liberation.fr/img/puc/pix.gif" alt=pix height=7 width=7&gt;&lt;br&gt;
									  &lt;span&gt;&lt;/span&gt;
									  &lt;span&gt;&lt;b&gt;Collectif&lt;br&gt;Les Mille et Une Nuits, 1/Nuits 1 à 327&lt;br&gt;Traduit
de l'arabe par Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel. «Pléiade»
Gallimard, 1 312 pp., 57,50€ jusqu'au 31 août, 65 € ensuite.&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt;
								  
								
								&lt;tr valign=top&gt; 
								&lt;td colspan=3&gt;&lt;img src="http://www.liberation.fr/img/puc/pix.gif" alt=pix height=17 width="100%"&gt;
							 	
								&lt;tr&gt;
									&lt;td width=312&gt;
										&lt;span&gt;&lt;p&gt;&lt;img src="http://www.liberation.fr/img/let/n.gif" alt=n align=left&gt;uit
après nuit, Shahrazad a raconté pour sauver sa propre vie et la vie des
femmes du royaume ; nuit après nuit, elle a retenu la main du bourreau,
en maintenant toujours renouvelé le désir qu'avait le roi Shahriar
d'entendre ses mots autant que de connaître son corps. Jusqu'à la mille
et unième nuit où, ayant donné un fils à Shahriar, mais surtout, ayant
dénoué chez lui le lien funeste entre amour et meurtre, elle a vu la
sentence de mort annulée et a été reconnue comme épouse et reine. Avant
d'être une histoire qui finit bien, &lt;i&gt;Les Mille et Une Nuits &lt;/i&gt;sont
d'abord la chronique d'un serial killer, un Barbe-Bleue oriental qui
tue les femmes qui ont le malheur de partager sa couche. Comment ce
récit terrifiant est-il devenu synonyme de féerie somptueuse, évoquant
l'Arabie heureuse, les parfums, les jardins, la beauté, le corps des
femmes, et des hommes, et la danse des sept voiles, c'est un des
innombrables mystères qui entourent ce texte.&lt;p&gt;Des &lt;i&gt;Nuits,&lt;/i&gt;
les lecteurs français connaissent généralement les histoires d'Aladin,
de Sindbad et d'Ali Baba. Sauf que ces contes qui résument et
symbolisent pour nous une oeuvre de 4 000 pages n'ont rien à voir avec
les &lt;i&gt;Nuits.&lt;/i&gt; Ou plutôt, ils n'avaient rien à voir : ils ont été
introduits dans le texte lors de sa première traduction de l'arabe en
1704, en l'occurrence par le Français Antoine Galland. Précisons que
ces trois contes ont acquis une telle légitimité qu'ils ont été
intégrés dans les versions arabes ultérieures. Toute l'histoire des &lt;i&gt;Nuits &lt;/i&gt;ressemble
à ça : des origines obscures qui remontent à la nuit des temps, des
faux qui deviennent plus vrais que vrais... un joyeux bazar où chacun
trouve ce qu'il cherche. Le monde des &lt;i&gt;Mille et Une Nuits&lt;/i&gt; est un
monde merveilleux, où les frontières entre réalité et illusion sont
floues, où l'imagination est à l'origine de tout et où tout lui est
permis. Tout se passe, dit André Miquel, comme si le contenu de
l'oeuvre s'effaçait &lt;i&gt;«derrière son principe même, celui d'un inépuisable imaginaire»&lt;/i&gt;. Les &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt; (le plus traduit des textes littéraires arabes) a d'autres caractéristiques : on ne connaît rien qui ressemble à &lt;i&gt;un&lt;/i&gt;
texte de référence, il n'existe que des textes lacunaires, impurs,
contradictoires, rédigés par des auteurs multiples, inconnus et souvent
désinvoltes, des versions où des contes ont été ajoutés ou retranchés
selon l'humeur des copistes et traducteurs qui l'ont eu entre les mains.&lt;p&gt;Trois cent et un ans après la version de Galland, cet objet &lt;i&gt;«étonnant et surprenant» &lt;/i&gt;(le genre littéraire dans lequel, autour du XIIe siècle, on rangeait les &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt;), vient d'être retraduit par Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel. &lt;i&gt;«Une traduction qu'on attendait depuis trois siècles»&lt;/i&gt;,
dit Claude Brémond, de l'EHESS : c'est la première traduction en
français qui soit non censurée, complète, avec la totalité des 1205
poèmes. Elle est fondée sur l'édition de Bulaq (du nom de la ville
égyptienne où le texte a été imprimé pour la première fois, en 1835),
considérée comme &lt;i&gt;«la moins mauvaise et la plus cohérente»&lt;/i&gt; des versions arabes. Le premier volume paraît aujourd'hui (les deux autres viendront fin 2006).&lt;p&gt;&lt;b&gt;«Pur grain de sésame»&lt;/b&gt; &lt;p&gt;Cette
nouvelle traduction rétablit des passages expurgés par Galland. Celui,
par exemple, où trois jeunes filles et un jeune homme se retrouvent nus
dans un bassin : «&lt;i&gt;&amp;quot;&lt;/i&gt;Mon chéri, comment appelles-tu ça ?&amp;quot;, &lt;i&gt;dit-elle en montrant son sexe (...) ­ &lt;/i&gt;Ta fente !, &lt;i&gt;s'écrie-t-il. ­&lt;/i&gt;Non ! Autrement ! ­ Ton con ! ­ Autrement ! ­ Ta guêpe ! &lt;i&gt;Elle le bat si fort qu'il en a le cou et la nuque défaits&lt;/i&gt; (...) ­ Et comment dire, alors ? ­ C'est,&lt;i&gt; répondit-elle,&lt;/i&gt; le pur grain de sésame.&amp;quot;&lt;i&gt;»&lt;/i&gt; Les &lt;i&gt;Nuits &lt;/i&gt;évoquent
habituellement les jeux amoureux de manière plus métaphorique, mais ces
lignes montrent de manière assez convaincante le climat de gaieté, de
sensualité et de liberté qu'on retrouve aussi dans les poèmes, en
particulier les poèmes d'amour. &lt;i&gt;«Ne blâmez pas le grain de beauté sur sa joue :/ sans sa tache noire, l'anémone n'est pas anémone.» &lt;/i&gt;Ou encore : &lt;i&gt;«Passant
la maison, la maison de Layla,/ je baise ce mur-ci, cet autre et
celui-là./ Est-ce d'aimer les murs que tu perds la raison ?/ Non pas
les murs, mon coeur : les gens de la maison.» &lt;/i&gt;Rien d'étonnant
finalement, si, malgré sa longueur et son côté, il faut bien le dire,
très répétitif, l'oeuvre a fasciné écrivains et artistes : Voltaire,
Stendhal, Poe, Mishima, Rimski-Korsakov ou Pasolini, mais aussi Proust
(qui se reconnaissait deux modèles : Saint-Simon et les &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt;), et surtout Borges, dont l'oeuvre entière est ponctuée de références, vraies ou apocryphes, aux &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt;. Aussi bien dans sa fiction &lt;i&gt;(le Sud, Le Livre de sable...)&lt;/i&gt; que dans ses essais (&lt;i&gt;les Traducteurs des Mille et Une Nuits&lt;/i&gt;, entre autres, où il parle de &lt;i&gt;«la scandaleuse décence des versions de Galland et de Lane»&lt;/i&gt;).&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Il
a même inventé un conte qu'il a attribué à Burton (auteur, en 1885, de
la «bonne» traduction anglaise). Pour Ferial Ghazoul, de l'université
américaine du Caire, &lt;i&gt;«ce qui a fasciné Borges, c'est la narration perpétuelle&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;et
aussi l'aspect topologique : quand l'intérieur devient l'extérieur,
quand Shahriar entend sa propre histoire de la bouche de Shahrazad. Il
a été séduit par la complexité quasi mystique de la structure des &lt;/i&gt;Nuits&lt;i&gt;»&lt;/i&gt;.&lt;p&gt;Cette
complexité tient en partie à la durée (quelques siècles) de son
élaboration, et à la manière dont le livre s'est construit. Ses racines
remontent en Iran et, plus loin encore, en Inde. &lt;i&gt;«Le tronc commun, &lt;/i&gt;dit Brémond, &lt;i&gt;est fondé sur des fragments écrits et une tradition orale déjà très réélaborée.»&lt;/i&gt;
Des fragments nés en Inde donc (il y a au moins 2 000 ans), avant
d'être mixés, enrichis et mis en forme dans l'Iran préislamique, avant
le VIIe siècle. A un moment, rapportent les historiens arabes du XIIe
siècle, a existé un ouvrage persan, jamais retrouvé, intitulé &lt;i&gt;Hazar afsane&lt;/i&gt;
(Mille contes). Le récit est passé du monde persan au monde arabe,
explique Brémond, lorsque les Iraniens colonisés et convertis ont
enrichi &lt;i&gt;«la culture arabe d'un vaste trésor littéraire»&lt;/i&gt;. Toutes proportions gardées, c'est comme Kipling reprenant les légendes indiennes pour écrire &lt;i&gt;le Livre de la jungle&lt;/i&gt;.&lt;p&gt;&lt;b&gt;Miroir des princes&lt;/b&gt;&lt;p&gt;Ce
qu'il reste du recueil initial ? Le récit-cadre et les trente-cinq
premiers contes. Pour résumer, on a au départ un texte indo-persan qui,
vers le IXe siècle, est traduit en arabe à Bagdad, et sera encore
modifié et enrichi pendant près d'un millénaire. Au cours de son
voyage, de l'Iran à Bagdad, puis au Caire, il agrège, comme une comète,
tout ce qui se trouve sur son passage : au fond indo-persan s'ajoutent
des éléments venus de l'Arabie préislamique, de l'Egypte pharaonique,
des zoroastriens et du soufisme, des cultures grecque et hébraïque, et
même des histoires de Croisés. Mais il faudra attendre la fin du XVIIIe
siècle en Egypte pour que le contenu rejoigne le titre et que
l'histoire aille enfin au bout des mille et une nuits !&lt;p&gt;Au cours de cette longue période, les &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt;
ont occupé une place variable, mais jamais la première, dans la culture
arabe. De «miroir des princes», le texte est devenu «miroir des
marchands», selon l'expression d'Aboubakr Chraïbi de l'Inalco (1). Le
texte des &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt; est largement écrit par des marchands pour des
marchands, les «bourgeois» et lettrés amateurs de l'époque, qui étaient
capables de lire, d'écrire et d'acheter des livres, et étaient en même
temps libres des contraintes qui s'imposaient aux savants, obligés de
s'en tenir à une forme et une langue classiques. Au contraire, les &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt;
sont écrites dans un arabe dit moyen, la langue qu'écrivaient les
marchands de l'époque, qu'ils utilisent encore aujourd'hui dans leurs
lettres de créance, et qui n'est ni de l'arabe classique ni de l'arabe
dialectal. Dans l'esprit et le niveau de langue, on pourrait les
comparer aux contes de Boccace ou de Chaucer. &lt;i&gt;«La période du XIIe au XIXe siècle est une époque de décadence pour la civilisation arabo-musulmane, &lt;/i&gt;dit Chraïbi, &lt;i&gt;mais
tout ne disparaît pas : pour les histoires &amp;quot;étonnantes et
surprenantes&amp;quot;, comme pour la poésie non classique et le théâtre
d'ombres, c'est un âge d'or.»&lt;/i&gt; Considérées par les lettrés comme une littérature de seconde zone, qui n'avait pas la noblesse de la poésie classique, les &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt; ont pourtant été copiées, imprimées, et lues, pendant des siècles. Et le plus ancien fragment de manuscrit des &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt;, datant du IXe siècle, est aussi le plus ancien manuscrit de toute la littérature arabe.&lt;p&gt;Pour Claude Brémond, cette oeuvre &lt;i&gt;«est une nébuleuse, dans une masse formidable de manuscrits et éditions qui partent dans tous les sens»,&lt;/i&gt;
mais ce serait une erreur d'y voir seulement une compilation : le noyau
dur de ces 4 000 pages a une structure composée trois éléments. 1) Ce
leitmotiv qui revient 1 001 fois : &lt;i&gt;«Mais l'aube venait prendre Shahrazad, parler n'était plus permis : elle se tut. Sa soeur lui dit : &lt;/i&gt;&amp;quot;Que ta manière de raconter est agréable, gracieuse, savoureuse et douce !&amp;quot;&lt;i&gt; Shahrazad lui répondit : &lt;/i&gt;&amp;quot;Qu'est-ce que tout cela comparé à ce que je vous raconterai la nuit prochaine, si le roi me laisse en vie.&amp;quot;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&amp;quot;Par Dieu&amp;quot;,&lt;i&gt; dit le roi, &lt;/i&gt;&amp;quot;je ne te tuerai point avant d'avoir écouté la fin de cette étonnante histoire&amp;quot;&lt;i&gt;. Ils passèrent le reste de la nuit enlacés.»&lt;/i&gt; 2) Le récit-cadre. &lt;i&gt;«Un roi, que son épouse a trompé avec un esclave noir &lt;/i&gt;(2),&lt;i&gt;
décide de tuer chaque matin la compagne de sa nuit. Shahrazad se porte
volontaire. Elle raconte au roi des histoires, jamais terminées à
l'aube. Chaque matin, le sursis de Shahrazad est renouvelé, au bout de
1 001 nuits, elle a la vie sauve et devient reine.» &lt;/i&gt;3) Les 35 premiers contes&lt;i&gt; (le Marchand et le génie, le Pêcheur, les Trois Calenders, le Petit Bossu, les Trois Pommes, les Deux Vizirs...), &lt;/i&gt;présents
dans toutes les versions, et qui ont avec le récit-cadre une très forte
relation thématique (le récit qui sauve une vie) et structurelle (des
contes enchâssés dans des contes enchâssés...). Pour Chraïbi, cette
cohérence structurelle et thématique est la signature d'un projet
littéraire, elle indique &lt;i&gt;«l'intervention d'une main savante»&lt;/i&gt;.
On voit aussi qu'en passant du persan à l'arabe, et c'est un vrai coup
de génie, le récit est passé d'une division en contes à une division en
nuits. Les quelque 300 contes des &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt; sont de longueurs très diverses. &lt;i&gt;«Quand la nuit est fulgurante»,&lt;/i&gt;
dit Miquel, le conte tient en une demi-page, d'autres fois, il faut
plusieurs nuits pour en voir la fin. Pour Chraïbi, une autre nouveauté
apportée par les &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt; est le rythme de narration. &lt;i&gt;«Avant, comme dans &lt;/i&gt;l'Illiade,&lt;i&gt; les récits sont assez lents. Ici la vitesse de narration est très rapide»,&lt;/i&gt; il arrive qu'une vie soit racontée en cinq phrases. &lt;p&gt;Le lecteur des &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt;
remarque assez vite que, dans cette société des premiers temps de
l'islam, il n'y a ni religiosité ni puritanisme. On sent juste, dit
Chraïbi, &lt;i&gt;«la coloration monothéiste du Proche-Orient»&lt;/i&gt;. On voit
aussi un certain nombre de thèmes récurrents, comme celui du vieux
marchand qui voit sa fin venir et a une conscience aiguë de la
précarité de son patrimoine et de l'avenir de sa progéniture, un des &lt;i&gt;«plus émouvants, des plus beaux, et des plus élaborés littérairement»,&lt;/i&gt; dit Brémond. &lt;p&gt;Un
autre thème revient de manière assez obsessionnelle : celui de la femme
qui trompe son mari avec un esclave noir (et ça n'est pas incompatible
avec une image extraordinairement positive de la femme dans les &lt;i&gt;Nuits &lt;/i&gt;:
les femmes y sont le plus souvent fortes, courageuses et astucieuses,
parfois perverses mais jamais effacées). Et il y a bien sûr le thème
central : «raconter une histoire pour sauver une vie», la sienne ou
celle d'un autre, qui reproduit la trame du récit-cadre. &lt;i&gt;«Le thème de l'échange histoire contre vie n'existe pas en Inde, &lt;/i&gt;dit Chraïbi, &lt;i&gt;il
est introduit plus tard et ailleurs, dans le Proche-Orient chrétien et
musulman, monothéiste en fait. Contrairement à l'Inde qui croit en des
vies successives, ici, l'échange est définitif. On n'a qu'une vie, d'où
le succès de ces histoires.»&lt;/i&gt;&lt;p&gt;Reste le thème de l'amour. Les &lt;i&gt;Nuits&lt;/i&gt;
ne sont certainement pas un texte érotique, mais l'amour et la passion
y tiennent une place centrale qui a été analysée de façon
particulièrement juste par Jamel Eddine Bencheikh (3). &lt;i&gt;«L'amant des &lt;/i&gt;Nuits, écrit-il,&lt;i&gt; est disponible à la passion, beaucoup plus qu'aux êtres»,&lt;/i&gt; à une passion impossible bien sûr. &lt;i&gt;«De même que la beauté délie l'amante d'un sort banal&lt;/i&gt; (...),&lt;i&gt;
de même la passion interdit au couple la possibilité de se survivre.
Survit-on à cela qui figure le moment suprême, que l'on n'abandonne
qu'en se mutilant, en s'évidant totalement de soi-même ?»&lt;/i&gt; Il ajoute : le conte &lt;i&gt;«n'entreprend pas de légitimer le désir &lt;/i&gt;(...) &lt;i&gt;Il l'accepte dans la totalité et le suit dans sa fatalité»&lt;/i&gt;. Quant à Shahrazad, elle &lt;i&gt;«recouvre ainsi sa véritable fonction&lt;/i&gt; (...). &lt;i&gt;Elle
affronte la mort non pas pour sauver sa tête, mais pour garder la
parole. D'ailleurs, elle ne représente pas les femmes, mais tout être
de désir»&lt;/i&gt;. Pour Jean-Paul Sermain (4), &lt;i&gt;les Mille et Une Nuits&lt;/i&gt; sont un éloge du pouvoir et de la fonction de l'imagination. Alors que le roi ne peut &lt;i&gt;«seul, dépasser l'horreur de ce qu'il a découvert», &lt;/i&gt;Shahrazad va le sauver, &lt;i&gt;«l'amener à faire un autre usage de son imagination : en éveillant en lui le désir que les histoires se poursuivent». &lt;/i&gt;Les contes de la nuit, ajoute-t-il, &lt;i&gt;«incitent
à compter sur l'imagination pour s'orienter, pour ne pas rester fixé
sur ce que l'on voit, pour connaître et accepter les autres, ne pas
être prisonnier de la violence des passions &lt;/i&gt;(...) &lt;i&gt;Parce que
rien n'est fixe, ni le bonheur ni le malheur, ni les culpabilités ni
les identités, on doit sans cesse élaborer des scénarios : le destin de
chacun se décide au croisement des histoires que les hommes se
racontent et cherchent à réaliser»&lt;/i&gt;.&lt;br&gt;&lt;br&gt;
										&lt;/span&gt;
										&lt;p&gt;&lt;span&gt;(1)
Et coauteur, avec Jean-Paul Sermain, de la préface à l'édition 2004 de
la traduction de Galland (Flammarion). Chraïbi est aussi l'éditeur
scientifique de «Mille et Un Contes. Récits et légendes arabes», Paris,
1924-1926, publiés par René Basset (Corti, à paraître à l'automne 2005).&lt;br&gt;(2)
Son frère connaît la même mésaventure. Pour se consoler, ils partent en
voyage. A un moment, ils sont séduits de force par une femme que son
mari avait pourtant bouclée dans un coffre.&lt;br&gt;(3) «Mille et Un Contes
de la nuit», avec Claude Brémond et André Miquel (1991), «les Mille et
Une Nuits ou la parole prisonnière» (1988), Gallimard. &lt;br&gt;(4) Dans la préface écrite avec Chraïbi, &lt;br&gt;voir (1).&lt;/span&gt;  
										&lt;br&gt;
			  
									&lt;td width=17&gt;&lt;img src="http://www.liberation.fr/img/puc/pix.gif" alt=pix height=17 width=17&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;/tbody&gt;&lt;/table&gt;&lt;/tbody&gt;
&lt;/table&gt;
&lt;br&gt;&lt;img src="http://c.services.spaces.live.com/CollectionWebService/c.gif?cid=-658783209361290491&amp;page=RSS%3a+%22Il+%c3%a9tait+mille+et+une+fois...%22+%3a+%22Les+Mille+et+une+Nuits%22&amp;referrer=" width="1px" height="1px" border="0" alt=""&gt;&lt;img style="position:absolute" alt="" width="0px" height="0px" src="http://c.live.com/c.gif?NC=31263&amp;amp;NA=1149&amp;amp;PI=73329&amp;amp;RF=&amp;amp;DI=3919&amp;amp;PS=85545&amp;amp;TP=clochelune.spaces.live.com&amp;amp;GT1=clochelune"&gt;</description><comments>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!439.entry#comment</comments><guid isPermaLink="true">http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!439.entry</guid><pubDate>Thu, 07 Jul 2005 11:44:25 GMT</pubDate><slash:comments>0</slash:comments><msn:type>blogentry</msn:type><live:type>blogentry</live:type><live:typelabel>Blog entry</live:typelabel><wfw:commentRss>http://clochelune.spaces.live.com/blog/cns!F6DB882956074B05!439/comments/feed.rss</wfw:commentRss><wfw:comment>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!439.entry#comment</wfw:comment><dcterms:modified>2005-07-07T11:44:25Z</dcterms:modified></item><item><title>Umar Timol - Pétale (et Petal en krol)</title><link>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!411.entry</link><description>Petal &lt;br&gt;
(poème en krol : créole mauricien) 
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
 
mone pren&lt;br&gt;            
mo gate &lt;br&gt;              
ene mo larme   &lt;br&gt;
ek dan to vent mone plant li &lt;br&gt;
doucema doucema&lt;br&gt;             
line germé &lt;br&gt;                  
ek ene fleur fine né  &lt;br&gt;          
depi ca   &lt;br&gt;           
kan mo ne pli capav   &lt;br&gt; 
kan mo dan mo solitid      &lt;br&gt;
kan mo dan mo soufrance    &lt;br&gt;
mo pren            &lt;br&gt;
ene petal    &lt;br&gt;     
ek mo manze li    &lt;br&gt;   
kume ca dan mo la vein &lt;br&gt;   
to di san coule coule   &lt;br&gt;
pu alle nourri mo le keur &lt;br&gt;
ek ene zour &lt;br&gt;
mo gate  &lt;br&gt;
kan tou to petales pu fone&lt;br&gt;
kan tou to di san pu vine mo di san &lt;br&gt;
mo pu kone &lt;br&gt;
ki line pu lere &lt;br&gt;
pu mo alle &lt;br&gt;
mo pu kone &lt;br&gt;
ki line pu lere&lt;br&gt;
pu mo mort 
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
Umar Timol
  &lt;br&gt;&lt;br&gt;
   *
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;

Pétale&lt;br&gt;
(traduction de l'auteur)
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
j'ai glané&lt;br&gt;
mon ange&lt;br&gt;
une de mes larmes&lt;br&gt;
et je l'ai plantée dans ton ventre
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
petit à petit&lt;br&gt;
il a germé&lt;br&gt;
et une fleur est née
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
depuis&lt;br&gt;
quand je n'en peux plus&lt;br&gt;
quand je me sens trop seul&lt;br&gt;
quand je souffre
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
je cueille&lt;br&gt;
une pétale&lt;br&gt;
et je la mange
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
ainsi dans mes veines&lt;br&gt;
ton sang s'écoule&lt;br&gt;
et s'en va nourrir mon coeur&lt;br&gt;
et un jour
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
mon ange&lt;br&gt;
quand tu n'auras plus de pétales&lt;br&gt;
quand tout ton sang sera mon sang
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
je saurai&lt;br&gt;
qu'il me sera temps&lt;br&gt;
de partir
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
je saurai&lt;br&gt;
qu'il me sera temps&lt;br&gt;
de mourir
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
Umar Timol 
   
 &lt;br&gt;&lt;br&gt;
*
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
note : (j'ai gardé son féminin à pétale dans la traduction d'umar - laissée telle quelle, j'ai juste tenté des espaces de respirs- car je lui trouve une réelle symbolique)&lt;img src="http://c.services.spaces.live.com/CollectionWebService/c.gif?cid=-658783209361290491&amp;page=RSS%3a+Umar+Timol+-+P%c3%a9tale+(et+Petal+en+krol)&amp;referrer=" width="1px" height="1px" border="0" alt=""&gt;&lt;img style="position:absolute" alt="" width="0px" height="0px" src="http://c.live.com/c.gif?NC=31263&amp;amp;NA=1149&amp;amp;PI=73329&amp;amp;RF=&amp;amp;DI=3919&amp;amp;PS=85545&amp;amp;TP=clochelune.spaces.live.com&amp;amp;GT1=clochelune"&gt;</description><comments>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!411.entry#comment</comments><guid isPermaLink="true">http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!411.entry</guid><pubDate>Sat, 14 May 2005 12:20:14 GMT</pubDate><slash:comments>0</slash:comments><msn:type>blogentry</msn:type><live:type>blogentry</live:type><live:typelabel>Blog entry</live:typelabel><wfw:commentRss>http://clochelune.spaces.live.com/blog/cns!F6DB882956074B05!411/comments/feed.rss</wfw:commentRss><wfw:comment>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!411.entry#comment</wfw:comment><dcterms:modified>2005-05-26T19:53:32Z</dcterms:modified></item><item><title>Pablo Neruda Sonnet 4</title><link>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!204.entry</link><description>&lt;br&gt;&lt;br&gt;
traduction de liette la clochelune inspirée du recueil &amp;quot;la centaine d'amour&amp;quot; (titre de l'édition bilingue de Poésie/gallimard)
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
pour en savoir plus, découvrir sa biographie et d'autres poèmes (dont ceux que vous avez pu entendre en voyant le film &amp;quot;il postino&amp;quot;/&amp;quot;le facteur&amp;quot;), cliquez&lt;a href="http://www.pierdelune.com/neruda.htm"&gt; ici &lt;/a&gt;    sur une des pages du site de pier de lune &amp;quot;le jardin des muses&amp;quot;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Tu te rappelleras la faille capricieuse&lt;br&gt;
ses parfums paplpitants grimpèrent vers le ciel&lt;br&gt;
de temps en temps volait l'oiseau vêtu de pluie&lt;br&gt;
de lenteur et de pluie : oiseau vêtu d'hiver
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Tu te rappelleras les cadeaux de la terre&lt;br&gt;
son habit crotté d'or, sa fragance irascible&lt;br&gt;
 ses herbes buissonnières, ses folles racines,&lt;br&gt;
tant de sortilèges d'épines comme d'épées
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Tu rappelleras, je t'offris ce bouquet&lt;br&gt;
bouquet de silence tissé d'ombre et de larmes&lt;br&gt;
bouquet comme une pierre tissée dans l'écume
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Et cette fois fut comme jamais et toujours&lt;br&gt;
nous allons en ce lieu où l'on n'espère rien&lt;br&gt;
où nous rencontrons tout ce qui est espérant
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Pablo Neruda 
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
et voici sa version natale 
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
 SONETO IV
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Recordarás aquella quebrada caprichosa&lt;br&gt;
a donde los aromas palpitantes treparon,&lt;br&gt;
de cuando en cuando un pájaro vestido&lt;br&gt;
con agua y lentitud: traje de invierno.
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Recordarás los dones de la tierra:&lt;br&gt;
irascible fragancia, barro de oro,&lt;br&gt;
hierbas del matorral, locas raíces,&lt;br&gt;
sortílegas espinas como espadas.
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Recordarás el ramo que trajiste,&lt;br&gt;
ramo de sombra y agua con silencio,&lt;br&gt;
ramo como una piedra con espuma.
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Y aquella vez fue como nunca y siempre:&lt;br&gt;
vamos allí donde no espera nada&lt;br&gt;
y hallamos todo lo que está esperando.
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Pablo Neruda&lt;img src="http://c.services.spaces.live.com/CollectionWebService/c.gif?cid=-658783209361290491&amp;page=RSS%3a+Pablo+Neruda+Sonnet+4&amp;referrer=" width="1px" height="1px" border="0" alt=""&gt;&lt;img style="position:absolute" alt="" width="0px" height="0px" src="http://c.live.com/c.gif?NC=31263&amp;amp;NA=1149&amp;amp;PI=73329&amp;amp;RF=&amp;amp;DI=3919&amp;amp;PS=85545&amp;amp;TP=clochelune.spaces.live.com&amp;amp;GT1=clochelune"&gt;</description><comments>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!204.entry#comment</comments><guid isPermaLink="true">http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!204.entry</guid><pubDate>Thu, 17 Feb 2005 13:05:32 GMT</pubDate><slash:comments>2</slash:comments><msn:type>blogentry</msn:type><live:type>blogentry</live:type><live:typelabel>Blog entry</live:typelabel><wfw:commentRss>http://clochelune.spaces.live.com/blog/cns!F6DB882956074B05!204/comments/feed.rss</wfw:commentRss><wfw:comment>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!204.entry#comment</wfw:comment><dcterms:modified>2005-02-17T20:50:07Z</dcterms:modified></item><item><title>Octavio Paz et sa Pierre de Soleil</title><link>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!108.entry</link><description>Liminaire&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
&amp;quot;Je suis à l'entrée d'un tunnel.&lt;br&gt;
Ces phrases perforent le temps.&lt;br&gt;
Peut-être suis-je ce qui espère à la fin du tunnel.&lt;br&gt;
Je parle avec les yeux fermés.&amp;quot;&lt;br&gt;
Octavio Paz&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Biographie&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Octavio Paz (né au Mexique en 1914 et mort en 1998) a vu le jour dans le village de Mixcoac dont il dit:&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
&amp;quot;Mixcoac fut mon village: trois syllabes nocturnes&lt;br&gt;
un masque d'ombre sur un visage solaire&lt;br&gt;
Vint Notre Dame, la mère Poussière&lt;br&gt;
Elle vint et on la mangea. J'allais par le monde.&lt;br&gt;
Ma maison fut mes paroles, ma tombe l'air.&amp;quot;&lt;br&gt;
Octavio Paz&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
A dix-sept ans Otavio Paz fonde une revue d'avant-garde et publie ses premiers poèmes deux ans plus tard. Il créera une école pour jeune travailleurs. Plus tard, partant en Espagne pour la guerre civile, il rencontrera Neruda avec lequel il se lie d'amitié. De retour au Mexique, il participe très activement à la revue &amp;quot;Taller Poétique&amp;quot;(1938-1941) dirrigée par Rafael Solena où l'on découvre tous les jeunes poètes de cette génération.&lt;br&gt;
La lecture de Proust fut pour lui une révélation. Paz a beaucoup voyagé, en Amérique, en France où il participe activement au groupe surréalistes et se lie avec Breton et Benjamin Péret (à qui l'on doit la traduction de Pierre de Soleil dans poésie/gallimard). Il fait publier en 1950 son essai le labyrinthe de la solitude (méditation sur le Mexique)&lt;br&gt;
Pierre de Soleil est né en 1957 et il est publié dans son recueil liberté sur paroles (qui rassemble ses poèmes écrits en 1935 et 1957. En 1962 il devient ambassadeur du Mexique et démissonne de ce poste en 1968. Il compose un recueil d'essais littéraires et politiques en 1967 (Courant alternatif) et deux recueils sur Claude Levi Strauss(1967) et Marcel Duchamp (1968)&lt;br&gt;
Il a voyagé au Japon et en Inde également et l'on sent cette influence de l'Orient dans un recueil comme Versant(1969) qui réunit ses poèmes écrits en Inde...&lt;br&gt;
En 1990, Paz reçoit le Prix Nobel de littérature.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Liette la clochelune&lt;br&gt;
présentation faite à partir du site de la fondation Octavio Paz&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Prélude au traduire&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Quand je plonge dans les mots des autres, c'est pour débusquer leurs rythmes intimes, m'en approcher au plus près...&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Là, j'ai l'envie de vous présenter ma traduction du poème d'Octavio Paz &amp;quot;Piedra de Sol&amp;quot; : &amp;quot;Pierre de Soleil&amp;quot;...&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Traduire, pour moi, c'est d'abord écouter le poème, son coeur interne, essayer d'écouter l'homme qui vibre avec. Traduire est un peu être médecin du poème : on prend son pouls, sa température, on le soigne et
pour ça, il faut apprendre à l'écouter, écouter sa parole, sa vibration sa douleur et sa joie... Palper la peau et la chair des mots. Bien sûr, traduire, c'est aussi aller avec sa sensibilité propre, je ne peux m'en défaire, même si l'idéal serait d'être vierge de tout rythme, de se regarder en objet et sujet à la fois... Alors,
ce n'est qu'une version parmi tout un champ possible de visions que je vous propose... La vision qui ressemble à ma façon d'écouter...&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Plus tard, je vous parlerai de toute la mythologie qui afflue dans ce long poème de 584 vers plus 6(les 6 derniers sont l'exact miroir du début).&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
&lt;a href="http://www.discip.crdp.ac-caen.fr/phch/culture/calendrier/calendrier_azteque.htm#Piedra"&gt; Ici &lt;/a&gt; vous pourrez découvrir la &amp;quot;piedra del sol&amp;quot;qui n'est autre que le calendrier solaire des aztèques et vous découvrirez ce que signifient les jours &amp;quot;ollin&amp;quot; (mouvement) et &amp;quot;ehecatl&amp;quot; (vent), vous apprendrez que les jours de la &amp;quot;piedra del sol&amp;quot; sont liés à des divinités.&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Octavio Paz a mis vingt ans de sa vie à écrire ce poème qui fusionne avec le cosmos, les origines et cultures, l'Histoire et son histoire...&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Benjamin Péret en a fait une traduction lui aussi que vous pouvez lire dans Octavio Paz :&amp;quot;Liberté sur parole&amp;quot; chez Poésie/Gallimard (version dont je suis partie pour en dévier et laisser couler une écoute
différente)&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
la clochelune&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Pierre de Soleil&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;

&lt;a href="http://www.geocities.com/poesiamsigloxx/paz/piedradesol"&gt; ici &lt;/a&gt;vous pourrez lire Piedra de Sol dans sa version natale
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
4 OLLIN&lt;br&gt;
***&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
La treizième revient... c'est encor la première ;&lt;br&gt;
et c'est toujours la seule, - ou c'est le seul moment;&lt;br&gt;
car es-tu  reine, ô toi, la première ou dernière ?&lt;br&gt;
es-tu roi, toi le seul ou le dernier amant ?&lt;br&gt;
Gérard de Nerval, &amp;quot;Arthémis&amp;quot;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
un saule de cristal, un peuplier d'eau sombre,&lt;br&gt;
un haut jet d'eau que le vent arque,&lt;br&gt;
un arbre bien planté mais dansant,&lt;br&gt;
un cheminement de rivière qui s'incurve,&lt;br&gt;
avance, recule, fait un détour&lt;br&gt;
et arrive toujours :&lt;br&gt;
un cheminement calme&lt;br&gt;
d'étoile ou de printemps sans hâte,&lt;br&gt;
une eau aux paupières fermées&lt;br&gt;
qui jaillit toute la nuit en prophéties,&lt;br&gt;
unanime présence en houle,&lt;br&gt;
vague après vague jusqu'à tout recouvrir,&lt;br&gt;
verte souveraineté sans crépuscule&lt;br&gt;
comme l'éblouissement des ailes&lt;br&gt;
quand elles s'ouvrent dans le milieu du ciel,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
un cheminement entre les épaisseurs&lt;br&gt;
des jours futurs et du funeste&lt;br&gt;
éclat du malheur comme un oiseau&lt;br&gt;
pétrifiant la forêt par son chant&lt;br&gt;
et les félicités imminentes&lt;br&gt;
entre les branches qui s'évanouissent,&lt;br&gt;
heures de lumière que grignotent déjà les oiseaux,&lt;br&gt;
présages qui s'échappent de la main,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
une présence comme un chant soudain,&lt;br&gt;
comme le vent chantant dans l'incendie,&lt;br&gt;
un regard qui retient en suspend&lt;br&gt;
le monde avec ses mers et ses montagnes,&lt;br&gt;
corps de lumière filtré par une agate,&lt;br&gt;
jambes de lumière, ventre de lumière, baies,&lt;br&gt;
roche solaire, corps couleur de nuage,&lt;br&gt;
couleur du jour rapide qui bondit,&lt;br&gt;
l'heure scintille et prend corps,&lt;br&gt;
le monde, oui, il est visible par ton corps,&lt;br&gt;
il est transparent grâce à ta transparence,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
je vais entre des galeries de sons,&lt;br&gt;
je flue entre les présences résonnantes,&lt;br&gt;
je vais à travers les transparences comme un aveugle,&lt;br&gt;
un reflet m'efface, je nais dans un autre,&lt;br&gt;
ô forêt de piliers enchantés,&lt;br&gt;
sous les arcs de la lumière je pénètre&lt;br&gt;
les couloirs d'un automne diaphane,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
je vais à travers ton corps comme par le monde,&lt;br&gt;
ton ventre est une place ensoleillée,&lt;br&gt;
tes seins sont deux églises où l'on célèbre&lt;br&gt;
le sang et ses mystères parallèles,&lt;br&gt;
mes regards te couvrent comme du lierre,&lt;br&gt;
tu es une ville que la mer assiège,&lt;br&gt;
une muraille que la lumière divise&lt;br&gt;
en deux moitiés de couleur pêche,&lt;br&gt;
un lieu de sel, de roches et d'oiseaux&lt;br&gt;
sous la loi du midi ébahi,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
vêtue par la couleur de mes désirs&lt;br&gt;
comme ma pensée tu vas nue,&lt;br&gt;
je vais à travers tes yeux comme par l'eau,&lt;br&gt;
les tigres boivent le rêve de ces yeux,&lt;br&gt;
le colibri se brûle dans ces flammes,&lt;br&gt;
je vais à travers ton front comme par la lune,&lt;br&gt;
comme le nuage à travers ta pensée,&lt;br&gt;
je vais à travers ton ventre comme par tes rêves,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
ta jupe de maïs ondule et chante,&lt;br&gt;
ta jupe de cristal, ta jupe d'eau,&lt;br&gt;
tes lèvres, tes cheveux, tes yeux,&lt;br&gt;
toute la nuit tu es pluie, tout le jour&lt;br&gt;
tu ouvres ma poitrine avec tes doigts d'eau,&lt;br&gt;
tu fermes mes yeux avec ta bouche d'eau,&lt;br&gt;
sur mes os tu es pluie, dans ma poitrine&lt;br&gt;
un arbre liquide creuse des racines d'eau,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
je vais à travers tes formes comme par un fleuve,&lt;br&gt;
je vais à travers ton corps comme par une forêt,&lt;br&gt;
comme par un sentier dans la montagne&lt;br&gt;
qui se termine en un abîme abrupt&lt;br&gt;
je vais à travers tes pensées effilées&lt;br&gt;
et à la sortie de ton front blanc&lt;br&gt;
mon ombre précipitée se brise,&lt;br&gt;
je recueille mes fragments un à un&lt;br&gt;
et je poursuis sans corps, je cherche à tâtons,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
couloirs sans fin de la mémoire,&lt;br&gt;
portes ouvertes vers un salon vide&lt;br&gt;
où pourrissent tous les étés,&lt;br&gt;
les bijoux de la soif brillent tout au fond,&lt;br&gt;
visage évanoui dès que je me le remémore,&lt;br&gt;
main qui s'effrite si je la touche,&lt;br&gt;
cheveux d'araignées en tulmute&lt;br&gt;
sur des sourires d'il y a tant d'années,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
à la sortie de mon front je cherche,&lt;br&gt;
je cherche sans trouver, je cherche un instant,&lt;br&gt;
un visage d'éclair et d'orage&lt;br&gt;
courant entre les arbres nocturnes,&lt;br&gt;
visage de pluie dans un jardin d'obscurités,&lt;br&gt;
eau tenace qui flue à mon côté,&lt;br&gt;

je cherche sans trouver, j'écris en tête à tête&lt;br&gt;
il n'y a personne, tombe le jour, tombe l'année,&lt;br&gt;
je tombe dans l'instant, je tombe au fond,&lt;br&gt;
invisible chemin sur des miroirs&lt;br&gt;
qui répètent mon image brisée,&lt;br&gt;
je marche depuis des jours, instants cheminés,&lt;br&gt;
je marche sur les pensées de mon ombre,&lt;br&gt;
je marche sur mon ombre en quête d'un instant,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
je cherche une date vive comme l'oiseau,&lt;br&gt;
je cherche le soleil dès cinq heures du soir&lt;br&gt;
tempéré par les murs de brique rouge :&lt;br&gt;
l'heure mûrissait ses grappes&lt;br&gt;
quand elle s'ouvrait sortaient les jeunes filles&lt;br&gt;
de son entraille rosée et elles s'éparpillaient&lt;br&gt;
parmi les cours dallées du collège,&lt;br&gt;
haute comme l'automne elle cheminait&lt;br&gt;
enveloppée par la lumière sous l'arcade&lt;br&gt;
et l'espace en l'entourant l'habillait&lt;br&gt;
d'une peau plus dorée et transparente,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
tigre couleur de lumière, cerf brun&lt;br&gt;
dans les environs de la nuit,&lt;br&gt;
j'ai entrevu une jeune fille penchée&lt;br&gt;
sur les balcons verts de la pluie,&lt;br&gt;
adolescent visage innombrable,&lt;br&gt;
j'ai oublié ton nom, Mélusine,&lt;br&gt;
Laure, Isabelle, Perséphone, Marie,&lt;br&gt;
tu as tous les visages et aucun,&lt;br&gt;
tu es toutes les heures et aucune,&lt;br&gt;
tu ressembles à l'arbre et au nuage,&lt;br&gt;
tu es tous les oiseaux et un astre,&lt;br&gt;
tu ressembles au tranchant de l'épée&lt;br&gt;
et à la coupe de sang du bourreau,&lt;br&gt;
lierre qui avance, enveloppe et déracine&lt;br&gt;
l'âme et la divise d'elle-même,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
écriture de feu sur le jade,&lt;br&gt;
crevasse dans la roche, reine des serpents,&lt;br&gt;
colonne de vapeur, source dans le roc,&lt;br&gt;
cirque lunaire, pic des aigles,&lt;br&gt;
grain d'anis, épine minuscule&lt;br&gt;
et mortelle qui donne des peines immortelles,&lt;br&gt;
bergère des vallées sous-marines&lt;br&gt;
et gardienne de la vallée des morts,&lt;br&gt;
liane qui pend au bord du précipice,&lt;br&gt;
plante grimpante, plante vénéneuse,&lt;br&gt;
fleur de résurrection, raisin de vie,&lt;br&gt;
dame de la flûte et de l'éclair,&lt;br&gt;
terrasse du jasmin, sel dans la plaie,&lt;br&gt;
bouquet de roses pour le fusillé,&lt;br&gt;
neige en août, lune de l'échafaud,&lt;br&gt;
écriture de la mer sur le basalte,&lt;br&gt;
écriture du vent dans le désert,&lt;br&gt;
testament du soleil, grenade, épi,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
visage en flammes, visage dévoré,&lt;br&gt;
adolescent visage persécuté&lt;br&gt;
années fantômes, jours circulaires&lt;br&gt;
qui donnent dans la même cour, sur le même mur,&lt;br&gt;
l'instant brûle et ils sont un seul visage&lt;br&gt;
les successifs visages de la flamme,&lt;br&gt;
tous les noms sont un seul nom,&lt;br&gt;
tous les visages sont un seul visage,&lt;br&gt;
tous les siècles sont un seul instant&lt;br&gt;
et pour des siècles et des siècles&lt;br&gt;
une paire d'yeux ferme le passage au futur,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
il n'y a rien face à moi, rien qu'un instant&lt;br&gt;
racheté cette nuit, contre un rêve&lt;br&gt;
d'union d'images rêvées,&lt;br&gt;
durement sculpté contre le rêve,&lt;br&gt;
arraché au rien de cette nuit,&lt;br&gt;
à bout de bras, soulevé lettre à lettre,&lt;br&gt;
tandis que le temps se jette dehors&lt;br&gt;
et il cogne aux portes de mon âme&lt;br&gt;
ce monde avec son horaire sanguinaire,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
un instant, un instant seulement tandis que les villes,&lt;br&gt;
les noms, les saveurs, le vécu,&lt;br&gt;
s'effritent sur mon front aveugle,&lt;br&gt;
tandis que la pesanteur de la nuit&lt;br&gt;
humilie ma pensée et mon squelette,&lt;br&gt;
et mon sang circule plus lentement&lt;br&gt;
et mes dents se gâtent et mes yeux&lt;br&gt;
s'embrument et les jours et les ans&lt;br&gt;
accumulent leurs horreurs vides,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
tandis que le temps ferme son éventail&lt;br&gt;
et qu'il n'y a rien derrière ses images&lt;br&gt;
l'instant s'abîme et surnage,&lt;br&gt;
entouré de mort, menacé&lt;br&gt;
par la nuit et son lugubre bâillement,&lt;br&gt;
menacé par le brouhaha&lt;br&gt;
de la mort vivace et masquée&lt;br&gt;
l'instant s'abîme et se pénètre,&lt;br&gt;
comme un poing qui se serre, comme un fruit&lt;br&gt;
qui mûrit vers l'intérieur de lui-même&lt;br&gt;
et lui-même se boit et se répand&lt;br&gt;
l'instant translucide se ferme&lt;br&gt;
et mûrit vers l'intérieur, pousse en racines,&lt;br&gt;
croit à l'intérieur de moi, m'occupe entièrement,&lt;br&gt;
son feuillage délirant m'expulse,&lt;br&gt;
mes pensées seulement sont ses oiseaux,&lt;br&gt;
son mercure circule par mes veines,&lt;br&gt;
arbre mental, fruits saveur de temps,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
ô vie à vivre et déjà vécue,&lt;br&gt;
temps qui revient en une marée&lt;br&gt;
et se retire sans tourner le visage,&lt;br&gt;
ce qui s'est passé n'est pas mais commence à être&lt;br&gt;
et silencieusement se jette&lt;br&gt;
en un autre instant qui s'évanouit :&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
face au soir de salpêtre et de pierre&lt;br&gt;
armée de couteaux invisibles&lt;br&gt;
d'une rouge écriture indéchiffrable&lt;br&gt;
tu écris sur ma peau et ces plaies&lt;br&gt;
comme un vêtement de flammes me recouvrent,&lt;br&gt;
je brûle sans me consumer, je cherche l'eau&lt;br&gt;
et dans tes yeux il n'y a pas d'eau, ils sont de pierre,&lt;br&gt;
et tes seins, ton ventre, tes hanches&lt;br&gt;
sont de pierre, ta bouche a un goût de poussière,&lt;br&gt;
ta bouche a un goût de temps empoisonné,&lt;br&gt;
ton corps a un goût de puits condamné,&lt;br&gt;
passage de miroirs que répètent&lt;br&gt;
les yeux de l'assoiffé, passage&lt;br&gt;
qui revient toujours à son point de départ,&lt;br&gt;
et tu me conduis, aveugle, par la main&lt;br&gt;
à travers ces galeries obstinées&lt;br&gt;
jusqu'au centre du cercle et tu surgis&lt;br&gt;
comme un éclat qui se fige en hache,&lt;br&gt;
comme une lumière écorchée, fascinante&lt;br&gt;
comme l'échafaud du condamné,&lt;br&gt;
flexible comme le fouet et svelte&lt;br&gt;
comme l'arme soeur de la lune,&lt;br&gt;
et tes paroles tranchantes creusent&lt;br&gt;
ma poitrine et me dépeuplent et me vident,&lt;br&gt;
un à un, tu arraches mes souvenirs,&lt;br&gt;
j'ai oublié mon nom, mes amis&lt;br&gt;
grondent parmi les porcs ou pourrissent&lt;br&gt;
mangés par le soleil dans un fossé,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
il n'y a rien en moi qu'une large plaie,&lt;br&gt;
un creux que jamais personne ne fouille,&lt;br&gt;
présent sans fenêtres, pensée&lt;br&gt;
qui revient, se répète, se reflète&lt;br&gt;
et se perd dans sa propre transparence,&lt;br&gt;
conscience transpercée par un oeil&lt;br&gt;
qui se regarde se regarder jusqu'à se noyer&lt;br&gt;
de clarté :&lt;br&gt;
moi j'ai vu ton atroce écaille,&lt;br&gt;
Mélusine, briller, verdâtre, à l'aube,&lt;br&gt;
tu dormais enroulée dans les draps&lt;br&gt;
et au réveil tu as crié comme un oiseau&lt;br&gt;
et tu es tombée sans fin, cassée et blanche,&lt;br&gt;
rien n'est resté de toi, rien que ton cri&lt;br&gt;
et à la fin des siècles je me découvre&lt;br&gt;
avec de la toux et une mauvaise vue, mélangeant&lt;br&gt;
de vieilles photos :&lt;br&gt;
il n'y a personne, tu n'es personne,&lt;br&gt;
une montagne de cendres et un balai,&lt;br&gt;
un couteau ébréché et un plumeau,&lt;br&gt;
une peau pendue à quelques os,&lt;br&gt;
une grappe déjà sèche, un trou noir&lt;br&gt;
et dans le fond du trou les deux yeux&lt;br&gt;
d'une enfant noyée d'il y a mille ans,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
regards enterrés dans un puits,&lt;br&gt;
regards qui nous voient depuis le début des temps,&lt;br&gt;
regard enfant de la mère vieille&lt;br&gt;
qui voit dans le fils grand un père jeune,&lt;br&gt;
regard mère de la fille solitaire&lt;br&gt;
qui voit dans le père grand un fils enfant,&lt;br&gt;
regards qui nous regardent depuis le fond&lt;br&gt;
de la vie et sont les pièges de la mort&lt;br&gt;
- où est l'envers : tomber dans ces yeux&lt;br&gt;
est-ce revenir à la vie véritable ?,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
tomber, revenir, me rêver et que me rêvent&lt;br&gt;
d'autres yeux futurs, une autre vie,&lt;br&gt;
d'autres nuages, mourir d'une autre mort !&lt;br&gt;
-cette nuit me suffit, et cet instant&lt;br&gt;
qui n'en finit pas de s'ouvrir et de me révéler&lt;br&gt;
où j'étais, qui je fus, comment tu t'appelles,&lt;br&gt;
comment moi je m'appelle :&lt;br&gt;
pouvais-je bâtir des plans&lt;br&gt;
pour l'été -et tous les étés-&lt;br&gt;
à Christopher Street, il y a dix ans,&lt;br&gt;
avec Phyllis qui avait deux fossettes,&lt;br&gt;
où les moineaux buvaient la lumière ?,&lt;br&gt;
sur la place de la Réforme Carmen me disait-elle&lt;br&gt;
&amp;quot;l'air ne pèse rien, ici c'est toujours octobre&amp;quot;&lt;br&gt;
ou l'aurait-elle dit à l'autre que j'ai perdu&lt;br&gt;
ou l'aurais-je inventé et personne ne me l'a dit ?,&lt;br&gt;
aurais-je marché dans la nuit d'Oaxaca,&lt;br&gt;
immense et vert foncé comme un arbre,&lt;br&gt;
parlant seul comme le vent fou&lt;br&gt;
et en arrivant à ma chambre -toujours une chambre-&lt;br&gt;
les miroirs ne m'auraient-ils pas reconnu ?&lt;br&gt;
depuis l'hôtel Vernet nous avons vu l'aube&lt;br&gt;
danser avec les châtaigners -&amp;quot;il est déjà très tard&amp;quot;&lt;br&gt;
disais-tu en te peignant et moi, aurais-je vu&lt;br&gt;
des taches sur le mur sans rien dire ?,&lt;br&gt;
sommes-nous montés ensemble à la tour, avons-nous vu&lt;br&gt;
tomber le soir depuis le récif ?,&lt;br&gt;
avons-nous mangé des raisins à Bidart ?, avons-nous acheté&lt;br&gt;
des gardénias à Perote ?,&lt;br&gt;
noms, places,&lt;br&gt;
rues après rues, visages, marchés, rues,&lt;br&gt;
gares, un parc de stationnement, chambres seules,&lt;br&gt;
taches sur le mur, quelqu'un qui se peigne,&lt;br&gt;
quelqu'un qui chante à mes côtés, quelqu'un qui s'habille,&lt;br&gt;
chambres, endroits, rues, noms, chambres,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Madrid, 1937,&lt;br&gt;
sur la Place de l'Ange les femmes&lt;br&gt;
cousaient et chantaient avec leurs enfants,&lt;br&gt;
et l'alarme sonna et fusèrent les cris,&lt;br&gt;
les maisons s'agenouillaient dans la poussière,&lt;br&gt;
tours fendues, fronts sculptés&lt;br&gt;
et l'ouragan des moteurs, imagine :&lt;br&gt;
les deux se dénudèrent et s'aimèrent&lt;br&gt;
pour défendre notre portion d'éternité,&lt;br&gt;
notre ration de temps et de paradis,&lt;br&gt;
toucher notre racine et nous recouvrer,&lt;br&gt;
recouvrer notre hérédité arrachée&lt;br&gt;
par des voleurs de vie d'il y a mille siècles,&lt;br&gt;
les deux se dénudèrent et s'embrassèrent&lt;br&gt;
parce que les nudités enlacées&lt;br&gt;
bondissent par-dessus le temps et sont invulnérables,&lt;br&gt;
rien ne les touche, elles reviennent au commencement,&lt;br&gt;
il n'y a pas de toi ni de moi, pas de demain, pas d'hier ni de noms,&lt;br&gt;
la vérité des deux en un corps et une âme seulement,&lt;br&gt;
ô être total...&lt;br&gt;
chambres à la dérive&lt;br&gt;
entre des villes qui vont à pic,&lt;br&gt;
chambres et rues, noms comme des plaies&lt;br&gt;
la chambre avec fenêtre donne vers d'autres chambres&lt;br&gt;
avec le même papier décoloré&lt;br&gt;
où un homme en chemise lit le journal&lt;br&gt;
où repasse une femme, la chambre claire&lt;br&gt;
que visitent les branches d'un pêcher ;&lt;br&gt;
l'autre chambre : dehors il pleut toujours&lt;br&gt;
et il y a une cour et trois enfants oxydés&lt;br&gt;
les chambres sont des vaisseaux qui se bercent&lt;br&gt;
dans une baie de lumière ; ou des sous-marins :&lt;br&gt;
le silence s'espace en vagues vertes,&lt;br&gt;
tout ce que nous touchons devient phosphorescent ;&lt;br&gt;
mausolées de luxe, déjà rongés&lt;br&gt;
les portraits, déjà rongés les tapis ;&lt;br&gt;
trappes, cellules, cavernes enchantées,&lt;br&gt;
volières et chambres numérotées,&lt;br&gt;
tous se transfigurent, tous s'envolent,&lt;br&gt;
chaque moulure est nuage, chaque porte&lt;br&gt;
donne sur la mer, sur les champs, sur l'air, chaque table&lt;br&gt;
est un festin ; fermés comme des coquillages&lt;br&gt;
le temps inutilement les assiège,&lt;br&gt;
il n'y a pas de temps, non, ni de mur : l'espace, l'espace&lt;br&gt;
ouvre sa main, choisis cette richesse,&lt;br&gt;
coupe les fruits, mange une tranche de vie,&lt;br&gt;
étends-toi au pied de l'arbre, bois l'eau !&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
tout se transfigure et devient sacré,&lt;br&gt;
c'est le centre du monde en chaque chambre,&lt;br&gt;
c'est la première nuit, le premier jour,&lt;br&gt;
le monde naît quand deux s'embrassent,&lt;br&gt;
goutte de lumière née des entrailles transparentes&lt;br&gt;
la chambre comme un fruit s'entrouvre&lt;br&gt;
ou explose comme un astre taciturne&lt;br&gt;
et les lois rongées par les rats,&lt;br&gt;
les grilles des banques et des prisons,&lt;br&gt;
les grilles de papier, les fils de fer barbelés,&lt;br&gt;
les timbres et les épines et les piquants,&lt;br&gt;
le sermon monocorde des armes,&lt;br&gt;
le scorpion mielleux avec un bonnet,&lt;br&gt;
le tigre avec un haut de forme, président&lt;br&gt;
du Club Végétarien et de la Croix Rouge,&lt;br&gt;
l'âne pédagogue, le crocodile&lt;br&gt;
devenu rédempteur, père des peuples,&lt;br&gt;
le Chef, le requin, l'architecte&lt;br&gt;
de l'avenir, le porc en uniforme,&lt;br&gt;
le fils béni de l'Eglise&lt;br&gt;
qui lave sa noire dentition&lt;br&gt;
avec de l'eau bénite et prend des cours&lt;br&gt;
d'anglais et de démocratie, les parois&lt;br&gt;
invisibles, les masques pourris&lt;br&gt;
qui divisent l'homme des hommes,&lt;br&gt;
contre l'homme de lui-même,&lt;br&gt;
ils s'abattent&lt;br&gt;
en un instant immense et nous entrapercevons&lt;br&gt;
notre unité perdue, la détresse&lt;br&gt;
d'être des humains, la gloire d'être des humains&lt;br&gt;
et de partager le pain, le soleil, la mort,&lt;br&gt;
l'oubli effrayant d'être des vivants ;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
aimer c'est combattre, si deux s'embrassent&lt;br&gt;
le monde change, ils incarnent les désirs,&lt;br&gt;
la pensée incarnée, des ailes poussent&lt;br&gt;
au dos de l'esclave, le monde&lt;br&gt;
est réel et tangible, le vin est vin,&lt;br&gt;
le pain retrouve le goût du pain, l'eau est eau,&lt;br&gt;
aimer c'est combattre, c'est ouvrir des portes,&lt;br&gt;
c'est en finir enfin d'être fantôme avec un matricule&lt;br&gt;
à perpétuité condamné aux chaînes&lt;br&gt;
par un maître sans visage ;&lt;br&gt;
le monde change&lt;br&gt;
si deux se regardent et se reconnaissent,&lt;br&gt;
aimer c'est se dénuder des noms :&lt;br&gt;
&amp;quot;laisse-moi être ta putain&amp;quot; ,sont les mots&lt;br&gt;
d'Héloïse, mais il céda aux lois,&lt;br&gt;
la prit pour épouse et en prime&lt;br&gt;
on finit par le castrer ;&lt;br&gt;
mieux vaut le crime&lt;br&gt;
les amants suicidés, l'inceste&lt;br&gt;
des frères comme deux miroirs&lt;br&gt;
amoureux de leur ressemblance,&lt;br&gt;
mieux vaut manger le pain envenimé,&lt;br&gt;
l'adultère dans des lits de cendre,&lt;br&gt;
les amours féroces, le délire,&lt;br&gt;
le lierre empoisonné, le sodomite&lt;br&gt;
qui porte un oeillet à la boutonnière&lt;br&gt;
un crachat, mieux vaut être lapidé&lt;br&gt;
sur les places publiques que laisser se retourner la roue du destin&lt;br&gt;
qui presse jusqu'à la pulpe la substance de la vie,&lt;br&gt;
l'éternité se change en heures creuses,&lt;br&gt;
les minutes en prisons, le temps&lt;br&gt;
en monnaie de cuivre et en merde abstraite ;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
mieux vaut la chasteté, fleur invisible&lt;br&gt;
qui se balance dans les tiges du silence,&lt;br&gt;
ce difficile diamant des saints&lt;br&gt;
qui filtre les désirs, rassasie le temps,&lt;br&gt;
noces de la quiétude et du mouvement,&lt;br&gt;
la solitude chante dans sa corolle,&lt;br&gt;
chaque heure est un pétale de cristal,
le monde se dépouille de ses massacres&lt;br&gt;
et en son centre, vibrante transparence,&lt;br&gt;
celui qu'on nomme Dieu, l'être sans nom,&lt;br&gt;
se contemple dans le rien, l'être sans visage&lt;br&gt;
émerge de lui-même, soleil d'entre les soleils,&lt;br&gt;
plénitude d'entre les présences et les noms ;&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
je poursuis mes divagations, chambres, rues,&lt;br&gt;
je marche à tâtons au travers les couloirs&lt;br&gt;
du temps et je gravis et descends ses marches&lt;br&gt;
et ses murs, je tâtonne et ne bouge pas,&lt;br&gt;
je reviens d'où j'ai commencé, je cherche ton visage,&lt;br&gt;
je marche au travers les rues de moi-même&lt;br&gt;
sous un soleil sans âge, et toi à mes côtés&lt;br&gt;
tu marches comme un arbre, comme un fleuve&lt;br&gt;
tu marches et me parles comme un fleuve,&lt;br&gt;
tu croîs comme un épi entre mes mains,&lt;br&gt;
tu frémis comme un écureuil entre mes mains,&lt;br&gt;
tu voles comme mille oiseaux, ton rire&lt;br&gt;
m'a couvert de mousse, ta tête&lt;br&gt;
est un astre si petit entre mes mains,&lt;br&gt;
le monde reverdit si tu souris&lt;br&gt;
en mangeant une orange,&lt;br&gt;
le monde change&lt;br&gt;
si deux, vertigineux et enlacés,&lt;br&gt;
tombent dans l'herbe : le ciel descend,&lt;br&gt;
les arbres s'élancent, l'espace&lt;br&gt;
seul est lumière et silence, seul l'espace&lt;br&gt;
s'ouvre dans la pupille de l'oeil,&lt;br&gt;
passe la blanche tribu des nuages,&lt;br&gt;
le corps rompt les amarres, l'âme s'élance,&lt;br&gt;
nous perdons nos noms et flottons&lt;br&gt;
à la dérive entre le bleu et le vert,&lt;br&gt;
temps total où rien ne se passe&lt;br&gt;
rien que son propre passage heureux,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
rien ne se passe, tu te tais, tu cilles des paupières&lt;br&gt;
(silence : un ange a traversé cet instant&lt;br&gt;
grand comme la vie de cent soleils),&lt;br&gt;
rien ne se passe, seulement ce cillement ?&lt;br&gt;
- et le festin, le désert, le premier crime,&lt;br&gt;
la mâchoire de l'âne, le bruit opaque&lt;br&gt;
et le regard incrédule du mort&lt;br&gt;
en tombant dans la surface cendrée,&lt;br&gt;
Agamemnon et son beuglement immense&lt;br&gt;
et le cri répété de Cassandre&lt;br&gt;
plus fort que les cris des vagues,&lt;br&gt;
Socrate enchaîné (le soleil naît, mourir&lt;br&gt;
est se réveiller : &amp;quot;Criton, un coq&lt;br&gt;
pour Esculape, et me voilà guérit à vie&amp;quot;) ;&lt;br&gt;
le chacal qui déserta entre les ruines&lt;br&gt;
de Ninive, l'ombre qui vit Brutus&lt;br&gt;
avant la bataille, Moctezuma&lt;br&gt;
dans le lit d'épines de son insomnie,&lt;br&gt;
le voyage dans la grande route vers la mort&lt;br&gt;
- le voyage interminable, mais raconté&lt;br&gt;
par Robespierre minute après minute,&lt;br&gt;
sa mâchoire cassée entre les mains -,&lt;br&gt;
Churruca dans sa barrique telle un trône&lt;br&gt;
écarlate, les pas déjà comptés&lt;br&gt;
de Lincoln en sortant au théâtre,&lt;br&gt;
le rôle de Trotski et ses gémissements&lt;br&gt;
de sanglier, Madère et son regard&lt;br&gt;
auquel nul n'a répondu : pourquoi me tuent-ils ?,&lt;br&gt;
les injures, les soupirs, les silences&lt;br&gt;
du criminel, le saint, le pauvre diable,&lt;br&gt;
cimetière de phrases et d'anecdotes&lt;br&gt;
que les chiens rhétoriques fouillent,&lt;br&gt;
l'animal qui meurt et le sait,&lt;br&gt;
savoir commun, inutile, bruit obscur&lt;br&gt;
de la pierre qui tombe, le son monotone&lt;br&gt;
des os brisés dans le combat&lt;br&gt;
et la bouche d'écume du prophète&lt;br&gt;
et son cri et le cri du bourreau&lt;br&gt;
et le cri de la victime...&lt;br&gt;
ce sont des flammes&lt;br&gt;
les yeux et ce sont des flammes ce qu'ils regardent,&lt;br&gt;
flamme est l'oreille, le son est flamme,&lt;br&gt;
braise les lèvres et tison la langue,&lt;br&gt;
le toucher et ce qu'il touche, la pensée,&lt;br&gt;
et le pensé, flamme est celui qui pense&lt;br&gt;
tout se consume, l'univers est flamme&lt;br&gt;
il brûle ce même rien qui n'est pas rien&lt;br&gt;
sinon un penser en flammes, enfin la fumée :&lt;br&gt;
il n'y a ni bourreau ni victime...&lt;br&gt;
et le bruit&lt;br&gt;
dans le soir du vendredi ? et le silence&lt;br&gt;
qui se couvre de signes, le silence&lt;br&gt;
qui dit sans dire, il ne dit rien ?,&lt;br&gt;
ils ne sont rien les cris des hommes ?,&lt;br&gt;
il ne se passe rien quand passe le temps ?,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
- il ne se passe rien, seul un cillement&lt;br&gt;
de soleil, un mouvement à peine, rien,&lt;br&gt;
il n'y a pas de rédemption, il ne revient pas en arrière le temps,&lt;br&gt;
les morts restent figés dans leur mort&lt;br&gt;
et ne peuvent mourir d'une autre mort,&lt;br&gt;
intouchables, cloués en leur geste,&lt;br&gt;
depuis leur solitude, depuis leur mort&lt;br&gt;
sans sursis ils nous regardent sans nous regarder,&lt;br&gt;
leur mort c'est la statue de leur vie,&lt;br&gt;
un toujours être déjà rien pour toujours,&lt;br&gt;
chaque minute est rien pour toujours,&lt;br&gt;
un roi fantôme régit ses battements de coeur&lt;br&gt;
et ton geste final, ton dur masque&lt;br&gt;
moulé sur ton visage changeant :&lt;br&gt;
nous sommes le monument d'une vie&lt;br&gt;
étrangère et non vécue, à peine nôtre&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
-la vie, quand fut-elle réellement nôtre ?&lt;br&gt;
quand sommes-nous réellement ce que nous sommes ?&lt;br&gt;
nous ne sommes jamais bien regardés, jamais nous ne sommes&lt;br&gt;
en tête à tête sinon vertige et vide,&lt;br&gt;
grimaces dans le miroir, horreur et vomissure,&lt;br&gt;
jamais la vie est nôtre, elle est aux autres,&lt;br&gt;
la vie n'est à personne, nous sommes tous&lt;br&gt;
la vie -pain de soleil pour les autres,&lt;br&gt;
tous ces autres que nous sommes-,&lt;br&gt;
je suis autre quand je suis, mes actes&lt;br&gt;
sont davantage miens s'ils sont aussi à tous,&lt;br&gt;
pour que je puisse être il me faut être autre,&lt;br&gt;
sortir de moi, me chercher parmi les autres,&lt;br&gt;
les autres qui ne sont pas si moi je n'existe pas,&lt;br&gt;
les autres qui me donnent pleine existence,&lt;br&gt;
je ne suis pas, il n'y a pas de je, toujours nous sommes autres,&lt;br&gt;
la vie est autre, toujours ailleurs, très loin,&lt;br&gt;
hors de toi, de moi, toujours à l'horizon,&lt;br&gt;
vie qui nous rend fous et nous aliène,&lt;br&gt;
vie qui nous invente un visage et le pourrit,&lt;br&gt;
faim d'être, ô mort, pain de tous,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Héloïse, Perséphone, Marie,&lt;br&gt;
montre enfin ton visage pour que je voie&lt;br&gt;
ma véritable figure, celle de l'autre,&lt;br&gt;
ma figure de ce nous pour toujours à tous,&lt;br&gt;
figure d'arbre et de boulanger,&lt;br&gt;
de chauffeur et de nuage et de marin,&lt;br&gt;
figure de soleil et de ruisseau et de Pierre et Paul,&lt;br&gt;
figure de solitaire collectif,&lt;br&gt;
réveille-moi, oui, je nais :&lt;br&gt;
vie et mort&lt;br&gt;
signent un pacte en toi, dame de la nuit,&lt;br&gt;
tour de clarté, reine de l'aube,&lt;br&gt;
vierge lunaire, mère de l'eau mère,&lt;br&gt;
corps du monde, maison de la mort,&lt;br&gt;
je tombe sans fin depuis ma naissance,&lt;br&gt;
je tombe dans moi-même sans toucher mon fond,&lt;br&gt;
recueille-moi dans tes yeux, assemble la poussière&lt;br&gt;
dispersée et réconcilie mes cendres,&lt;br&gt;
attache mes os divisés, souffle&lt;br&gt;
sur mon être, enterre-moi dans ta terre,&lt;br&gt;
ton silence de paix vers la pensée&lt;br&gt;
contre elle-même aérée ;&lt;br&gt;
ouvre la main,&lt;br&gt;
dame des moissons que sont les jours,&lt;br&gt;
le jour est immortel, il s'élève, croît,&lt;br&gt;
vient de naître et ne cesse jamais,&lt;br&gt;
chaque jour est à naître, chaque lever de jour&lt;br&gt;
est une naissance et je me réveille,&lt;br&gt;
nous nous réveillons tous, il se lève
le soleil figure de soleil, Jean se réveille&lt;br&gt;
avec sa figure de Jean figure de tous,&lt;br&gt;
porte de l'être, réveille-moi, lève-toi,&lt;br&gt;
laisse-moi voir le visage de ce jour,&lt;br&gt;
laisse-moi voir le visage de cette nuit,&lt;br&gt;
tout communie et se transfigure,&lt;br&gt;
arc de sang, pont des battements de coeur,&lt;br&gt;
emmène-moi de l'autre côté de cette nuit,&lt;br&gt;
là où je suis toi nous sommes nous-mêmes,&lt;br&gt;
au rein des prénoms enlacés,&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
porte de l'être ; ouvre ton être, réveille-toi,&lt;br&gt;
apprends à être aussi, moule ta figure,&lt;br&gt;
travaille tes traits, sois un visage&lt;br&gt;
pour regarder mon visage et qu'il te regarde,&lt;br&gt;
pour regarder la vie jusque dans la mort,&lt;br&gt;
visage de mer, de pain, de roche et de fontaine,&lt;br&gt;
source qui dissout nos visages&lt;br&gt;
dans le visage sans nom, dans l'être sans visage,&lt;br&gt;
indicible présence d'entre les présences...&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
je veux poursuivre, aller plus loin, et je ne peux pas :&lt;br&gt;
l'instant se précipite en un autre et un autre,&lt;br&gt;
j'ai dormi des rêves de pierre que je n'ai pas rêvé&lt;br&gt;
et à la fin des ans comme des pierres&lt;br&gt;
j'ai entendu chanter mon sang emprisonné,&lt;br&gt;
avec une rumeur de lumière la mer chantait,&lt;br&gt;
une à une cédaient les murailles,&lt;br&gt;
toutes les portes se démolissaient&lt;br&gt;
et le soleil entrait en trombe par mon front,&lt;br&gt;
décillait mes paupières fermées,&lt;br&gt;
décollait mon être de son enveloppe,&lt;br&gt;
m'arrachait à moi, me séparait&lt;br&gt;
de mon sommeil rude de siècles de pierre&lt;br&gt;
et sa magie de miroirs revivait&lt;br&gt;
un saule de cristal, un peuplier d'eau sombre,&lt;br&gt;
un haut jet d'eau que le vent arque,&lt;br&gt;
un arbre bien planté mais dansant,&lt;br&gt;
un cheminement de fleuve qui s'incurve,&lt;br&gt;
avance, recule, fait un détour&lt;br&gt;
et arrive toujours :&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
4 EHECATL&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
Mexique, 1957 - Octavio Paz&lt;br&gt;
&lt;br&gt;&lt;br&gt;
piedra del sol (photo prise dans le site cité dans &amp;quot;prélude au traduire)&lt;div&gt;&lt;table cellspacing="0" border="0"&gt;&lt;tr height="8"&gt;&lt;td&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;tr&gt;&lt;td valign="top"&gt;&lt;p&gt;&lt;a href="http://blufiles.storage.live.com&amp;#47;y1pKcRdJyISY6fvkUm_i-KhNWSbkcRAn-EPFY5IZKNUFBat-SDU6nnfA5bYi2loyVGImz7EnkpEsqA"&gt;&lt;img src="http://storage.live.com&amp;#47;items&amp;#47;F6DB882956074B05&amp;#33;160&amp;#58;thumbnail" border="0"&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/td&gt;&lt;td width="15"&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;&lt;/table&gt;&lt;/div&gt;&lt;img src="http://c.services.spaces.live.com/CollectionWebService/c.gif?cid=-658783209361290491&amp;page=RSS%3a+Octavio+Paz+et+sa+Pierre+de+Soleil&amp;referrer=" width="1px" height="1px" border="0" alt=""&gt;&lt;img style="position:absolute" alt="" width="0px" height="0px" src="http://c.live.com/c.gif?NC=31263&amp;amp;NA=1149&amp;amp;PI=73329&amp;amp;RF=&amp;amp;DI=3919&amp;amp;PS=85545&amp;amp;TP=clochelune.spaces.live.com&amp;amp;GT1=clochelune"&gt;</description><comments>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!108.entry#comment</comments><guid isPermaLink="true">http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!108.entry</guid><pubDate>Mon, 07 Feb 2005 12:56:46 GMT</pubDate><slash:comments>3</slash:comments><msn:type>blogentry</msn:type><live:type>blogentry</live:type><live:typelabel>Blog entry</live:typelabel><wfw:commentRss>http://clochelune.spaces.live.com/blog/cns!F6DB882956074B05!108/comments/feed.rss</wfw:commentRss><wfw:comment>http://clochelune.spaces.live.com/Blog/cns!F6DB882956074B05!108.entry#comment</wfw:comment><dcterms:modified>2005-02-09T14:35:22Z</dcterms:modified></item></channel></rss>